Procès à la crise post-électorale : Un agent de l’Onuci accable Blé Goudé
Le témoin qui était à la barre, hier à la Cour pénale internationale (Cpi) était une employée de la division des droits de l’Homme de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI). Elle se nomme Mme Fouks et a travaillé en tant qu’agent de terrain et ‘’coordonnatrice’’ du ‘’call center’’ (Centre d’appel) de l’Onuci. Témoignant à visage découvert, elle a donné des informations qui accablent l’ex-leader de la galaxie patriotique, Charles Blé Goudé. Interrogée par le bureau du procureur, notamment Me Knoops, Mme Fouks a rappelé la menace qui planait sur le personnel de l’ONUCI pendant la crise post-électorale. Elle s’est appuyée sur deux incidents pour illustrer ses propos. Au cours du premier incident, laisse-t-elle entendre, des véhicules de l’Onuci ont essuyé des jets de pierres. Au cours du second incident, elle a clairement accusé les ‘’jeunes patriotes’’. « Des jeunes patriotes sont venus au pied de mon immeuble, menaçant mon gardien. Ils lui ont dit : ‘’nous savons qu’il y a quelqu’un de l’ONUCI qui habite ici. Dis lui de partir. Si elle ne part pas, nous allons mettre le feu à l’immeuble’’. Mon gardien connaissait le quartier et discutait avec eux. L’accord qu’ils ont trouvé, c’est que je quitte l’immeuble. Après cet incident, je suis allé m’installer au bureau », relate Mme Fouks. Question de Me Knoops : « qui vous a dit que ce sont les jeunes patriotes ». « Ce sont mes gardiens qui me l’ont rapporté », répond-elle.
Des barrages érigés à Yopougon-Niangon
Au call center, aux dires de Mme Fouks, elle recevait régulièrement des coups de fils dans lesquels ‘’il était fait mention de jeunes patriotes’’. Me Knoops lui présente un rapport du 26 février 2011 dans lequel il est mentionné que les ‘’jeunes patriotes’’ ont érigé des barrages à Yopougon Niangon et qu’ils procèdent à des fouilles de véhicules. « C’était une pratique qui nous a été rapportée à plusieurs reprises », soutient le témoin. Le rapport indique également que les jeunes patriotes évoquaient le nom de leur secrétaire général en posant ces actes. Me Knoops souhaite savoir si, le disant, les ‘’jeunes patriotes’’ ne faisaient pas référence à Charles Blé Goudé. « Oui, effectivement. Quand ils parlent de leur secrétaire général, ils parlent de Charles Blé Goudé », souligne l’ex-employée de l’Onuci. L’ex-leader de la galaxie patriotique, affalé dans son fauteuil, esquisse un sourire. Bien avant ces questions, le témoin a rappelé un autre incident qui s’est déroulé à Treichville. Après avoir reçu un coup de fil sur des incidents dans cette commune au sud d’Abidjan, Mme Fouks a dit s’y être rendue avec certains de ses collaborateurs et des soldats de l’ONUCI, plus précisément, dans une clinique. « (…) Il y avait eu une manifestation de femmes à Treichville et il y avait eu des blessés. On avait eu des informations selon lesquelles ces blessés étaient soignés à Treichville. Je me souviens avoir interrogé trois blessés, puis photographié des balles. J’ai interviewé un enfant et une femme », déclare-t-elle. Pendant l’audition des victimes, selon le témoin, son superviseur est arrivé et a demandé qu’ils quittent les lieux. Il a été suivi par un militaire de l’ONUCI qui a souhaité qu’ils partent immédiatement. « Quand je suis sortie (de la chambre), j’ai vu des militaires ivoiriens qui étaient entrés dans la clinique. Il y avait des éclats de voix entre les militaires et le personnel de la clinique. Mon superviseur m’a pris par le bras pour quitter les lieux. Les véhicules de la Garde républicaine étaient déjà positionnés », explique-t-elle. A la question de savoir les raisons qui l’ont poussée à croire que c’était la Garde républicaine, Mme Fouks réplique : « il devait y avoir un insigne G.R quelque part. A l’époque, j’arrivais à distinguer les bérets ». Le bureau du procureur ayant épuisé ses questions, c’est au tour de la défense d’entrer en scène.
A.K. avec Justicepourlesvictimes.com





