RHDP en constitution / Entre les lignes du PRADO
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ul doute que les positions des différents leaders du RHDP se soient plutôt bien clarifiées au cours du week-end du 5 mai 2018. Il n’en demeure pas moins que ces positions tranchées et toute la brumeuse signification qu’elles laissent entendre en sourdine soit encore plus effrayante pour les populations ivoiriennes. D’Abidjan à Koun-fao, notre mémento d’observateur de symboles et de discours symboliques s’est bien rempli de notes.
D’une part, il y a le discours plein de détermination et d’assurances formelles du président d’honneur du RDR. Morceaux choisis et commentés.
« Je sais que certains parmi vous ont encore des doutes. Je sais aussi que d’autres sont réticents quant à l’idée du RHDP. Mais je vous demande de me faire confiance. Le RDR ne disparaîtra pas. Aucun parti membre du RHDP ne disparaîtra. Tous les partis figureront dans le logo du RHDP. (..)Vous pouvez me faire confiance, je n’accepterai jamais la mort subite du RDR comme certains l’ont pensé. Oui, le RDR vivra et vivra ! Notre objectif, c’est la stabilité politique de notre pays et le développement économique pour l’épanouissement de tous nos concitoyens ».
Il n’y avait donc pas qu’au PDCI que des militants opposent de la réticence à cette idée d’unifier les partis de la plateforme d’avril 2005 de Paris. Au RDR aussi, beaucoup ont tenté de dissuader le président d’honneur sur cette aventure. Point n’est besoin d’imaginer que ce ne doit pas être des militants ordinaires ! Si l’on ajoute à ces réticences l’échec de l’UPCI à ratifier, au cours de son dernier congrès, les statuts du futur parti RHDP, la défection de certains cadres de l’UDPCI qui ont créé un nouveau parti, l’UDR (Union pour la Défense Républicaine), le constat est vite fait ; les réserves et réticences contre le RHDP trouvent du vivier humain dans chacune des chapelles du RHDP. En définitive donc, aucun parti ne souhaite disparaitre. En cela, Ado a plutôt bien clarifié sa position qui demeure celle de Bédié. L’accord politique signé n’est que l’expression de la volonté de tous à parvenir au parti unifié. Signera donc le manifeste, consécutivement et indépendamment de l’Accord politique, qui juge opportun de le signer ? Pas si sûr ! Et pour cause ?
Deuxième morceau choisi. « Je voudrais vous dire que nous attendons la validation de l’accord politique et des statuts pour former un gouvernement de rassemblement, un gouvernement RHDP qui comprendra tous les partis membres du RHDP, comme cela a été le cas par le passé. Je considère que cela est important pour la stabilité de notre pays et que nous devons faire en sorte que ce gouvernement de rassemblement soit le gouvernement qui nous amènera aux élections de 2020 ».
La stabilité, qui veut dire ici l’absence de remous sociaux, politiques et militaires, l’absence de crise armée, de tentatives de coups d’Etat, etc., et la participation des partis politiques au gouvernement, sont les arguments principaux qui sous-tendent l’utilité de la création du RHDP. Selon le sens du discours que nous analysons. Est-ce en cela que le RHDP est une chance prodigieuse ? Poser l’équation de cette manière nous amène à comprendre que le critère le plus raisonnable pour la formation du gouvernement de la Côte d’Ivoire, c’est d’accepter ipso-facto le RHDP selon les seuls critères du président d’honneur du RDR. Nonobstant le fait que nous lui reconnaissons la liberté du choix des personnalités à appeler au gouvernement, son invitation à cogérer le quotidien des populations ivoiriennes porte la marque d’une proposition, à la limite, politiquement incorrecte. Si l’inclusion de toutes les sensibilités politiques compatibles avec le programme du Chef de l’Etat manque d’être un critère déterminant, il y a matière à s’inquiéter justement sur la stabilité en question. Le pouvoir le plus énergique est justement celui qui voudrait avoir l’approbation de l’homme libre, nous dit Alain. Il faut espérer que notre lecture soit erronée et que notre PRADO soit loin de ce que plusieurs appellent chantage ou forcing !
Troisième morceau choisi. « Pour la consolidation du RHDP, je propose l’organisation du congrès constitutif du RHDP dans les meilleurs délais, pour nous permettre d’asseoir le RHDP dans toutes les régions de notre pays. Ce congrès constitutif devra poser les bases du choix de notre futur candidat à l’élection présidentielle de 2020. Et comme convenu dans l’accord politique signé par tous les responsables des partis membres du RHDP, le 12 avril dernier, ce choix sera démocratique. (…) Je l’ai toujours indiqué que tout le monde pourra être candidat en 2020. (…) Et le meilleur d’entre nous sera désigné, par vous, comme candidat unique du RHDP en 2020. (…) Et c’est vous, les congressistes, vous choisirez qui sera notre candidat pour l’élection présidentielle de 2020 ».
Le mode opératoire est enfin dévoilé. Reste à savoir si la proposition du président d’honneur du RDR sera retenue par les autres signataires de l’Accord politique du 12 avril dernier. Selon toute logique de compréhension, il est assigné au futur congrès constitutif deux rôles majeurs. L’un consistera à instituer légalement le RHDP comme parti politique avec des organes statutaires et un mode de fonctionnement. L’autre sera d’élaborer les critères et le mode du choix du futur candidat unique du RHDP en 2020 pour la présidentielle. Ce choix, quelle que soit la forme, devra être "démocratique". Et non plus issu d’un consensus souterrain entre les têtes fortes du RHDP. Bien sûr, cette proposition semble la plus normale dans un jeu démocratique et elle est susceptible de bénéficier de l’adhésion des autres partis du RHDP qui n’ont, pour l’heure, ni la taille, ni la prétention de réclamer les mêmes prérogatives que le RDR et le PDCI-RDA. Sauf que, et il faut le dire de nouveau, pour le bénéfice du président d’honneur du RDR, Bédié a transigé sur cette belle précaution démocratique en 2014 en défiant tout l’appareil du PDCI-RDA pour imposer ADO comme candidat unique du RHDP.
Autre constat, cette fois extra-discours du PRADO, c’est la déconfiture actuelle des partis membres du RHDP. Tous, ou presque, à l’exception du RDR bien sûr, vivent ou risquent de vivre une implosion. L’UDPCI a connu une saignée récente avec la création par l’un de ses cadres d’un nouveau parti, l’UDR. L’UPCI a enregistré le départ de son fondateur avant de connaitre dans le tumulte des vagues de l’unification du RHDP, la démission de sa Vice-Présidente chargée des Relations Extérieures. La chose est rendue publique à travers une lettre parue dans plusieurs tabloïds. Le MFA enregistre un bicéphalisme à sa tête et la rixe n’est pas prête d’être réglée. Le PIT n’est pas non plus au meilleur de sa forme en termes de cohésion en son sein. Au PDCI-RDA, la menace d’implosion est plus que tenace. Quoi qu’on dise, l’attitude de nombreux cadres vis-à-vis des activités du Secrétariat Exécutif est mal perçue au sein de la maison vert et blanc. L’on ne peut donc s’empêcher donc de faire le lien entre ce processus d’affaiblissement (ou d’auto-affaiblissement ?) des partis et l’idée d’une stratégie de "diviser pour mieux régner !" Et la résultante la plus logique, c’est, à priori, l’évidence, dans un tel schéma, au cours d’un congrès constitutif du RHDP, de l’avantage du RDR. Même si la menace permanente de GSK pèse sur la case ronde, il est moins évident que le tsunami annoncé se déclenche dans le cadre du RHDP.
Et d’autre part, comme sous la forme d’une réponse simple, ce morceau du discours du Secrétaire Exécutif en Chef du PDCI-RDA sous l’âpre atmosphère ensoleillée de Koun-fao :
« Le plus grand hommage que nous puissions rendre au président Henri Konan Bédié est d’exécuter avec rigueur … ses instructions dont la plus chère à son cœur, la plus chère à son cœur, je répète la plus chère à son cœur, est la victoire, après tant de sacrifices consentis pour la Côte d’Ivoire, d’un cadre militant actif du PDCI-RDA, à l’élection présidentielle de 2020. Alors militantes et militants mobilisons-nous pour que cette instruction majeure soit exécutée à la lettre. (…). Assurer la victoire d’un cadre militant du PDCI en 2020 : c’est là le mot d’ordre, c’est là le credo. Ne vous demandez plus : on fait quoi ? Allez faire les cartes d’identité, inscrivez-vous sur la liste électorale, mobilisez-vous, parlez aux uns et aux autres. Résultat : octobre 2020, élection 1er tour, PDCI président, voici le travail ». Signé Professeur Maurice Kacou Guikahué.
C’est un discours clair. On ne peut plus clair même. Et qui se passe bien volontiers de commentaires puisque Bédié ne l’a pas encore recadré sur cette constante déclaration.
KOBENAN Tah Thomas
Membre du Bureau Politique du PDCI-RDA





