Soubré / Incendie de la maison du maire : Pourquoi les forces de l'ordre n'ont pas pu maîtriser la situation
La folle journée de mardi dernier a malheureusement emporté la maison du maire, incendiée par les manifestants. Devant l’impuissance des forces de l’ordre.
Nous vous le disions dans notre parution d'hier. Les mouvements de colère commencés en début d'après-midi du mardi 6 février par les populations de Soubré contre leur maire se sont poursuivis jusqu’à minuit. Avant de marquer une pause et se retrouver le mercredi matin pour la reprise. Débuté avec un nombre restreint, les manifestants se sont renforcés avec des élèves et hommes de métiers et en face, des forces de l'ordre composés d'éléments de la police, de la brigade de gendarmerie et de l'escadron mobile de Soubré qui ne pouvaient utiliser que des grenades lacrymogènes dont ils disposent en petites quantités selon les chefs d'unités. Ils ont malgré tout, essayé de protéger le domicile du maire mais l'action des badauds semble un coup bien monté et préparé pendant un long moment avec des informations sûres. Le domicile de Traoré Lassina est donc finalement parti en fumée entre 23h et 24h. « C'est un coup bien préparé avec des gens qui ont beaucoup d'informations sur l'équipement des forces de l'ordre », explique un des voisins du maire qui a suivi tout le film pendant toute la nuit. Tigbé Bonaventure, SG1 de la préfecture et première victime de cette marche ne dira pas le contraire. « C'est une stratégie qu'ils ont mise en place pour faire épuiser les gazes lacrymogènes de nos hommes. Après avoir pillé et brûlé la mairie et son service technique, ils se sont attaqués à nouveau au domicile du maire que nos hommes sécurisaient. Ils ont formé des groupes de personnes, ont encerclé le périmètre de la cour et ils se sont mis sur tous les carrefours. Quand un groupe sort, les autres restent cachés et quand les forces de l'ordre lancent les gazes sur le groupe sorti, il recule et systématiquement, un autre sort à un autre endroit. Ils ont joué à ce jeu jusqu'à ce que les militaires n'aient plus de gazes lacrymogènes pour les dissuader. Il était 22h et quand ils ont senti qu'il n'y avait plus de gazes, ils se sont regroupés en grand nombre pour affronter maintenant les forces de l’ordre. Pour éviter le pire c’est-à-dire des blessés et pertes en vies humaines, nous leur avons demandé de replier », a-t-il expliqué. Au niveau de la police, le commissaire Kambou déplore tout simplement l’acte. « Les manifestants étaient plus nombreux que nous. De 14h à 22h, on les repousse, ils reviennent. On était à court de munitions. Vous voulez qu’on fasse quoi ? », s’est-il interrogé sur un ton de colère. Quant au commandant de la bidarde, il préfère ne pas faire de commentaire. Une chose est sûre, les forces de l’ordre de Soubré ont évité de justesse, un affrontement avec ces manifestants après avoir vainement tenté à plusieurs reprises de les empêcher de commettre leur besogne. Ce n’est qu’à 23h que des renforts sont venus de San-Pedro, Daloa et Gagnoa. Lesquels renforts ont empêché d’autres mouvements dans la journée du mercredi selon les habitants. En termes de bilan de ces mouvements de moins de 24h, l’on note la mairie et son service technique pillés et incendiés ainsi que le domicile du maire et la radio locale, le domicile d’un directeur d’une coopérative agricole et celui de l’inspecteur de travail pillés, les compteurs Sodeci de la zone volés et un adjoint au maire blessé. Pour rappel, dans la nuit du dimanche au lundi dernier, un incendie a ravagé une grande partie du marché de Soubré. Quelques heures après, les populations ont accusé le maire de la commune d’avoir commandité cet incendie afin de les réinstaller sur un nouveau site beaucoup plus cher. Ils décident donc de le faire partir par la violence la plus inouïe. Nous avons tenté vainement d’avoir la version des responsables de commerçants de cette cité. Nous espérons donc que le gouvernement se saisira de ce dossier afin de trouver la vraie cause de l’incendie du marché, trouver les responsables des pillages, situer les responsabilités et faire appliquer la loi afin que ces actes ne se répètent pas dans d’autres localités.
Blé Sailly Félix, député-maire de Guéyo : « C’est un coup monté par ceux qui veulent son poste »
« C’est avec tristesse que nous avons appris la nouvelle de l’incendie du grand marché de Soubré, la commune de mon cher frère et ami Traoré Lassina le lundi 4 février 2018. Au moment où nous nous apprêtions à lui rendre une visite de compassion, nous apprenions encore le soulèvement des populations. Ce qui semble un coup monté par ceux qui veulent son poste. D’abord, en tant que citoyen de mon pays, ensuite, en tant que son collègue maire et enfin en tant qu’élu de la nation, nous condamnons avec la dernière énergie, ces actes qui émanent de la méchanceté et la sorcellerie politique et qui sabotent les actions du président de la République relayées sur le terrain par les collectivités décentralisées. Comment comprendre que dans un pays de droit, les gens puissent agir de la sorte ? Sur quelle base le maire Traoré serait-il l’auteur de l’incendie du marché qui fait rentrer des dividendes dans les caisses de la mairie ? Même si tel était le cas comme ces derniers le pensent, n’y a-t-il pas de justice dans ce pays ? La mairie est-elle la propriété du maire Traoré ? Ceux pour qui ces actes ont été commis travailleront où et avec quoi quand ils seront élus ? En même temps que nous compatissons à cette peine que traverse le maire Traoré et sa famille en ce moment, nous demandons à l’Etat de Côte d’Ivoire d’ouvrir de toute urgence une enquête sur cette affaire afin d’élucider toutes les interrogations. Si d’aventure il s’agit d’un acte criminel, que les coupables soient sanctionnés car cela n’honore pas notre pays qui a tant souffert avant de se relever en si peu de temps ».
E.K.





