Soulèvement de Bouaké / Révélation de Kamagaté Ibrahim, président de l’AGCI sur les auteurs
Révision constitutionnelle, grogne des militants contre les cadres du RDR, élections législatives et malheureusement, le mouvement de Bouaké sont les sujets d’actualité que nous avons évoqués avec le président national de l’Association des grins de Côte d’Ivoire (AGCI), Kamagaté Ibrahim. Au cours de cet entretien, il a appelé les jeunes à prendre rendez-vous avec la nouvelle histoire de la Côte d’Ivoire en obtenant la révision de la constitution, condamné la violence perpétrée à Bouaké. Le député suppléant de la circonscription électorale d’Adjamé a invité les cadres qui ont coupé les ponts à se ressaisir. Entretien.
L’actualité politique, c’est le référendum en vue de la révision constitutionnelle. Il est donc question de procéder, pour ceux qui ne sont pas inscrits sur la liste électorale, à leur inscription. Quels sont les actions que vous avez menées dans ce sens dans le cadre des grins ?
Je l’ai toujours dit, dans mes différentes interviews, les grins constituent le socle du RDR. Malheureusement, les dirigeants ne lui accordent aucune attention alors que cette association fait beaucoup pour le parti. Nous avons pris à bras le corps l’inscription sur la liste électorale dans différents quartiers, nous avons mis en mission nos différents coordinateurs qui sont à l’ouvrage. Vous pouvez d’ailleurs le vérifier, les jeunes majeurs qui s’inscrivent massivement sont des jeunes des grins. Pour la simple raison que lors du mois de ramadan, nous avons fait passer le message comme nous le faisons chaque fois qu’une situation l’impose. Nous avons partagé le peu dont nous disposions avec les membres des différents grins. Il s’agit du sucre, du thé et même de l’argent. Je voudrais donc profiter de cette occasion pour exprimer nos remerciements aux personnes qui nous ont aidés à pouvoir le faire. Il y a M. Ali Baba, l’ONG Destin commun, M. Farik Soumahoro, ces hommes généreux qui nous ont accompagnés à accomplir ce devoir citoyen. A savoir, soutenir des fidèles musulmans à rompre le jeûne en toute quiétude. C’est cette occasion qui a été aussi mise à profit pour sensibiliser ceux qui sont concernés à aller se faire inscrire sur la liste électorale.
Comment cette sensibilisation a-t-elle été matérialisée sur le terrain ?
Nos jeunes entraient dans les cours, réunissaient les autres jeunes et échangeaient avec ces derniers autour du bien fondé de l’opération. Ils leur expliquaient de ne pas lier cette opération au RDR ou au RHDP mais, il s’agit de faire en sorte que nous soyons tous à mesure de nous prononcer sur toutes les dispositions de notre Constitution notamment, les dispositions qui nous ont conduit à la guerre. Nos jeunes ont fait comprendre que l’acte posé est dans l’intérêt de chacun. Les jeunes pour la plupart ont été mobilisés à se faire inscrire et à procéder à la révision de la Constitution afin qu’elle ne soit pas un frein à l’épanouissement de certains citoyens de ce pays, demain.
En dépit de toutes ces actions, l’affluence n’a pas été constatée au cours de cette opération. Comment expliquez-vous cela ?
Nous avons fait ce que nous pouvons. Nous ne sommes pas la Commission Electorale Indépendante (CEI) dont c’est le devoir. Nous accompagnons. Au niveau du parti également, chacun a fait ce qu’il a pu. Une chose est certaine, nous avons joué notre partition pour que les nouveaux majeurs se fassent inscrire sur la liste électorale.
A la cérémonie hommage organisée par les jeunes du grin d’Abobo 21ème derrière rails, vous avez crié encore une fois votre colère contre les agissements des cadres de votre parti. Que leur reprochez-vous ?
Je ne cesserai de le dire. Les jeunes ne sont pas compliqués. Les jeunes ont besoin de savoir que leurs leaders, leurs cadres, sont avec eux. Quand ils veulent devenir « quelqu’un », ces leaders viennent vers eux pour leur dire leur disponibilité et leur engagement à les aider. Malheureusement, après leur élection, on ne voit personne. Même pour passer dire bonjour, ils ne le font pas. Quelqu’un qui t’a fait une promesse ne décroche plus le téléphone quand tu l’appelles, il ne te reçoit plus. Ils sont élus et c’est l’essentiel pour eux. Pourtant, les jeunes ne demandent pas de l’argent parce qu’ils sont conscients qu’on ne peut en donner à tout le monde. Ce qu’ils demandent, qu’on vienne leur dire bonjour. Alors que je n’ai pas les moyens, les jeunes ont tenu à me rendre hommage. Pourquoi ? Simplement parce que je suis en contact permanent avec eux, le peu dont je dispose, je le partage avec eux. Je vais leur dire bonjour, on échange autour d’un thé. Les grins sont composés d’intellectuels qui savent qu’on ne peut pas non plus donner de l’emploi à tout le monde. Ils veulent être écoutés, ils veulent qu’on les respecte. Comment vous expliquer qu’il est difficile, aujourd’hui, pour nos cadres d’aller vers les jeunes. Que nos cadres sachent que la barre est tordue certes mais, elle n’est pas cassée. On peut la redresser. Je les invite à se rattraper en allant dire bonjour aux jeunes, aux populations. S’ils veulent se faire entendre à nouveau, s’ils veulent les remobiliser, qu’ils partent à la base au moins une ou deux fois dans le mois pour dire bonjour. Ils verront que les mécontentements et autres griefs vont tomber. Malheureusement, nos cadres ont coupé tout contact, ils sont devenus suffisants. Nous sommes des hommes et si tu es suffisant que tu ne me donnes pas à manger, je n’ai pas affaire à toi. C’est ce que nous vivons réellement en Côte d’Ivoire, aujourd’hui.
Des mouvements violents relatifs à la cherté de la vie, précisément à la double émission de factures de la CIE ont été enregistrés à Bouaké. Quelle lecture faites-vous de cette situation ?
La communication est une arme importante. Elle est nécessaire à tout. Il faut communiquer. Nous avions eu vent de ce qui allait se passer. Il y a le problème de l’électricité, c’est vrai. Nous devons payer nos factures mais, il faut reconnaître que la CEI a exagéré. Cette compagnie n’a pas fait son devoir. Il lui revenait de communiquer. Il y a un ministre de l’Energie qui devait l’interpeller pour lui dire que ce qu’elle fait n’est pas bon. Il faut au moins informer suffisamment. Il y a des canaux d’information. Organiser un débat à la télé pour expliquer aux populations ce qu’elles ne comprennent pas. Je condamne la CIE. Pour ce qui est de la manifestation de Bouaké, nous avions eu vent. Je voudrais à ce niveau relever l’erreur de nos leaders. Il n’y a aucun cadre de concertation, il n’y a pas une cellule de réflexion non plus. De sorte à pouvoir discuter de temps en temps avec les responsables des mouvements de soutien en vue de savoir l’état des lieux et de faire des propositions afin de corriger ce qui mérite de l’être. Ensemble, nous pouvons corriger beaucoup de choses. Malheureusement, ils préfèrent rester dans leur salon, quand tu les appelles, ils refusent de décrocher et lorsque tu disposes d’une information que tu veux prendre rendez-vous, ils restent enfermés. On m’a appelé de Bouaké pour me dire qu’il se préparait un mouvement suite à une intox. Des gens ont fait croire que l’Union Européenne a donné les moyens pour que chaque démobilisé perçoive cinq millions francs mais ils ont reçu chacun 800. 000 F Cfa. Pour les démobilisés, c’est une escroquerie contre laquelle il fallait se lever. C’est ainsi qu’ils ont créé un mouvement pour le soulèvement. J’ai tenté à maintes reprises de porter l’information à nos élus, personne n’a voulu m’écouter. Quand je passais dans les grins, je demandais pardon aux démobilisés de comprendre que le pays n’a pas besoin d’un tel mouvement. Ceux d’Abobo avaient décidé de se soulever. La coordination d’Abobo m’a appelé pour me le signifier. Nous leur avons demandé de rester vigilants car ce sont des actions qui sont de nature à mettre à mal le travail gigantesque abattu par le Président de la République. Toutes les coordinations ont été mises en éveil pour contrer tout mouvement. Le député Alphonse Soro, je le félicite, est venu rencontrer les grins au niveau d’Adjamé parce qu’il a eu vent que des choses se préparaient à Adjamé. Il y a eu à échanger avec mon secrétaire général et ils ont pu dissuader toute tentative. Voici ce que les grins ont entrepris comme initiatives pour qu’il n’y ait pas de mouvements à Abidjan. Nous travaillons pour nous-mêmes parce que si c’est gâté, c’est gâté pour tout le monde. C’est pour cette raison que nous sommes prêts à accompagner tout pouvoir parce que notre priorité, c’est la Côte d’Ivoire. Mais, nous avons pris fait et cause pour le Président Alassane Ouattara parce qu’il est venu soutenir nos actions. On avait des problèmes, avec Alassane Ouattara, nous sommes aujourd’hui en paix et nous pouvons faire nos activités. Ce que nous demandons, c’est qu’on nous appelle. Nous avons des idées à mettre au service des Ivoiriens, nous avons des cellules de réflexion, nous avons également nos canaux qui bien utilisés peuvent accompagner le gouvernement dans sa mission.
La prochaine échéance, ce sont les élections législatives. Allez-vous profiter de cette occasion pour sanctionner certains cadres quand l’on sait le rôle joué par les grains dans l’élection de bien d’entre eux ?
Vous avez vu la multitude de candidatures, ça n’étonne pas. Parce que chacun estime qu’il peut faire mieux. Tous veulent tenter leur chance d’où cette multitude de candidatures. Sur 250 places disponibles, on a plus de 1000 candidats au RDR seulement. Cela doit nous interpeller. Tout le monde ne peut pas devenir député, tout le monde ne peut pas devenir ministre, seulement, il faut mettre chacun à sa place. Il faut regrouper tous les jeunes mécaniciens, menuisiers et autres en coopérative et les aider car on ne peut aider individuellement. C’est cette politique qu’il faut mener. Dites-moi dans quelle base l’on a apporté le soutien aux groupements de jeunes ayant déjà une formation initiale.
Certains soutiennent que vous êtes un frustré raison pour laquelle vous tenez ce genre de discours. Que leur répondez-vous ?
Je suis loin d’être un frustré. Je voudrais ici rendre hommage au maire de Yopougon. Si chacun de nos cadres faisait comme ce maire, j’avoue qu’il y aurait eu moins de mécontentement. Kafana a trouvé de l’emploi à de nombreux jeunes du RDR. Je ne suis pas de Yopougon mais, il m’a donné quelque chose à faire qui m’a permis de prendre des jeunes des grins au niveau de Yopougon qui travaillent, aujourd’hui. Nous remercions le maire Kafana. C’est ce que nous demandons aux autres cadres de faire. Je termine pour demander à nos élus de revenir à la base dire bonjour aux populations. C’est vrai qu’ils diront qu’ils n’ont pas le temps mais, ils peuvent mettre un dimanche à profit. On ne peut pas donner de l’argent à tout le monde mais, il est très important de raffermir les liens entre les parents. Cela va décanter beaucoup de choses.
Interview réalisée par Stéphane Beyniouah





