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La Côte d’Ivoire a traversé des épreuves qui ont éprouvé ses institutions, son peuple et sa cohésion nationale. Elle a connu les fractures, les silences et les recommencements. De ces expériences, est née une conscience collective plus exigeante. Aujourd’hui, une évidence s’impose : la question centrale n’est plus celle de la conquête du pouvoir, mais celle de la qualité de son exercice.

Notre pays est entré dans une phase décisive de son histoire constitutionnelle.

Une phase où la stabilité ne peut plus être confondue avec l’immobilisme.

Une phase où la croissance ne peut plus être dissociée de la justice sociale.

Une phase où la légitimité démocratique appelle naturellement des actes de cohérence, de renouvellement et de responsabilité.

Une démocratie solide ne repose pas durablement sur l’autorité seule, mais sur la confiance institutionnelle. Cette confiance naît du respect scrupuleux des règles constitutionnelles, de la séparation effective des pouvoirs, de la transparence dans l’action publique et de la lisibilité des choix politiques.

Sans confiance, la légitimité s’érode ; avec la confiance, l’État se consolide.

Dans ce contexte, les résultats des élections ouvrent une séquence majeure : la constitution du premier gouvernement du quatrième mandat du président Alassane Ouattara.

Ce moment engage bien plus que des équilibres politiques. Il engage une lecture de l’histoire, une interprétation rigoureuse de la Constitution et une responsabilité directe envers les générations futures.

Trois défis structurants se posent alors, non comme des injonctions, mais comme des exigences démocratiques légitimes.

Le premier est celui d’un renouvellement réel de l’exécutif.

La Constitution n’impose pas l’immuabilité des équipes. La démocratie, au contraire, suppose la circulation des compétences, l’alternance des responsabilités et l’ouverture aux nouvelles générations. La question n’est donc pas celle de la fidélité personnelle, mais celle de l’efficacité collective.

Peut-on durablement invoquer le renouvellement générationnel sans en traduire les principes dans la composition même du gouvernement ?

Le renouvellement n’est pas une remise en cause de l’expérience ; il est une condition de la vitalité républicaine.

Le deuxième défi est celui de la cohérence institutionnelle, notamment à travers la taille du gouvernement et la question du cumul des fonctions.

La rationalisation de l’exécutif répond à une logique de clarté, de responsabilité et de performance. De même, la limitation effective du cumul des mandats et des fonctions exécutives constitue un principe démocratique reconnu, destiné à prévenir la concentration du pouvoir et à garantir la pleine disponibilité des responsables publics.

Un État moderne est un État où chacun sait précisément de quoi il est responsable, et devant qui il doit rendre compte.

Le troisième défi est celui de la gouvernance éthique, pierre angulaire de la confiance démocratique.

La déclaration de patrimoine, prévue par les textes et annoncée à plusieurs reprises comme un instrument de moralisation de la vie publique, constitue un levier essentiel. La rendre effective à l’entrée en fonction et de manière périodique ne relève ni de la suspicion ni de la sanction, mais du respect des standards démocratiques contemporains.

La transparence ne fragilise pas l’autorité de l’État ; elle la légitime.

La jeunesse ivoirienne observe cette séquence avec attention. Elle ne conteste pas l’autorité issue des urnes ; elle interroge la capacité du système à se renouveler dans le respect des règles communes. Elle attend que les principes de transmission et de responsabilité, souvent évoqués, se traduisent par des décisions institutionnelles lisibles, mesurables et assumées.

Dans cette terre d’espérance, la jeunesse et les leaders doivent être l’illustration vivante d’un pays de cohérence politique, dont les institutions sont appelées à être fortes par une séparation claire et respectée des pouvoirs.

La Côte d’Ivoire dispose des moyens économiques, humains et institutionnels nécessaires pour consolider durablement son modèle démocratique. Mais l’histoire enseigne que la solidité d’un État ne se mesure pas seulement à sa croissance ou à sa stabilité, mais à sa capacité à se réformer de l’intérieur, dans le respect de la Constitution et de l’esprit démocratique.

Renchérir aujourd’hui, ce n’est ni contester ni provoquer.

C’est rappeler, avec loyauté républicaine, que la démocratie est un équilibre exigeant entre autorité et responsabilité, entre continuité et renouvellement, entre légitimité électorale et exemplarité institutionnelle.

Aucune institution ne se renforce dans l’opacité.

Aucun pouvoir ne s’inscrit durablement sans cohérence.

La République gagne toujours à être fidèle à ses propres principes.

Le temps politique et la politique du temps sont engagés.

Les choix à venir auront valeur de signal, pour aujourd’hui comme pour demain.

Au-delà des échéances et des débats, une certitude demeure : la Côte d’Ivoire a les ressources morales, humaines et institutionnelles pour réussir cette étape. En faisant le choix de la cohérence, de la responsabilité et de la confiance, notre Nation peut transformer ce moment en promesse tenue. L’avenir est à portée de volonté.

Fait, le 29 décembre 2025

Yaya Fofana

Président du Mouvement des Forces d’Avenir (MFA)