TRIBUNE :« Quand l’État écoute, la Nation avance »
Il est des moments décisifs dans la vie d’une Nation où l’essentiel ne se lit plus dans les bilans comptables, ne se mesure plus à la longueur des routes ni au nombre de bâtiments inaugurés.
L’essentiel se joue plus profondément, là où se décide la durée d’un pays : dans la confiance.
La Côte d’Ivoire a traversé des tempêtes, connu la douleur des crises, puis choisi la voie exigeante de la reconstruction et de la stabilité. Elle a refusé le chaos, privilégié la continuité, protégé la paix.
Mais une vérité s’impose avec lucidité : la stabilité ne vaut rien si elle n’est pas ressentie dans la vie quotidienne des citoyens.
La stabilité est un socle.
La confiance est le ciment.
Sans elle, même les fondations les plus solides se fissurent à bas bruit.
Un État peut être fort dans ses textes et fragile dans les consciences.
Un État peut imposer l’ordre sans jamais gagner l’adhésion.
Or, la véritable force d’un pays ne réside pas uniquement dans l’autorité de ses institutions, mais dans la qualité du lien moral qui unit l’État à ses citoyens : le sentiment de justice vécue, la considération ressentie, l’écoute réelle, la transparence assumée.
Quand la stabilité ne se ressent pas dans la vie réelle
Pour des millions d’Ivoiriens, la relation à l’État se vit chaque jour dans des réalités très concrètes.
Dans les transports, la stabilité se mesure dès l’aube, lorsque des travailleurs quittent leur domicile avant le lever du jour, affrontent des trajets longs, coûteux et parfois dangereux pour arriver à l’heure sur leur lieu de travail.
Quand le prix du transport absorbe une part croissante du revenu mensuel, quand les embouteillages deviennent une épreuve quotidienne, quand l’organisation urbaine semble ignorer le rythme réel des populations, la confiance s’effrite.
Dans la santé, la confiance se joue dans l’instant où un parent hésite à conduire son enfant à l’hôpital, par crainte des coûts, des délais ou de la qualité de l’accueil.
Elle se joue lorsque tomber malade devient une inquiétude financière avant d’être un problème médical.
Dans l’emploi, enfin, la confiance se construit ou se brise lorsque l’effort, la compétence et la rigueur ne suffisent plus à progresser, ou lorsque les opportunités semblent inégalement accessibles.
Une Nation ne peut durablement se construire si sa jeunesse doute que le travail soit réellement récompensé.
Dans ces trois domaines essentiels ,se déplacer, se soigner, travailler; la confiance ne se construit ni par des discours ni par des statistiques.
Elle se construit par des réponses concrètes, visibles et régulières.
Depuis plusieurs années, une lassitude silencieuse traverse une partie de la société.
Une fatigue née des promesses différées, des procédures interminables, des lenteurs qui découragent, des injustices perçues comme sans réponse.
La défiance ne surgit pas comme un orage. Elle s’installe comme une érosion, goutte après goutte.
Un pays ne progresse pas durablement quand l’État explique et que le peuple soupçonne.
Un pays ne se projette pas sereinement quand l’autorité décide sans prendre la mesure du vécu quotidien.
Servir l’État aujourd’hui, c’est d’abord réparer ce lien moral, mais aussi réconcilier la parole publique avec la réalité vécue.
C’est parler vrai à la jeunesse, sans condescendance ni promesses creuses.
C’est offrir des règles claires, des opportunités justes, des parcours lisibles, où le mérite ne soit ni un slogan ni un privilège déguisé.
Pour la majorité des citoyens, l’État n’est pas une abstraction lointaine.
Il a un visage quotidien : celui de l’agent au guichet, de l’enseignant en classe, du soignant à l’hôpital, du policier dans la rue, du magistrat dans son bureau.
Quand ce visage est fermé, indifférent ou humiliant, c’est la République elle-même qui recule.
Une administration digne n’est pas un labyrinthe.
Elle est une boussole.
Elle doit orienter, expliquer, accompagner, respecter.
Chaque agent public porte, par son attitude, une part de l’honneur ou de l’affaiblissement de l’État.
La démocratie n’a pas besoin de cris permanents pour vivre.
Elle a besoin de hauteur, de responsabilité et de retenue.
La parole politique n’est pas un jeu : elle engage la paix, la cohésion et parfois le destin d’une Nation.
La paix durable n’est pas l’absence de bruit.
Elle est la présence visible de la justice.
Elle est le sentiment partagé que l’État protège sans discriminer et décide sans humilier.
Comme le rappelait Félix Houphouët-Boigny, la paix n’est pas un mot que l’on proclame, mais une œuvre quotidienne qui se construit par la justice, le dialogue et le respect de l’homme par l’État.
La Côte d’Ivoire n’a pas à choisir entre la stabilité et la confiance.
Elle doit les réconcilier.
L’enjeu de l’après-2025 est clair : bâtir un État respecté parce qu’il est juste, fort parce qu’il est crédible, durable parce qu’il est digne, et reconnu parce qu’il améliore concrètement la vie de ses citoyens.
Un État qui décide avec autorité, mais explique avec clarté.
Un État qui protège sans écraser.
Un État qui commande sans mépriser.
Un État qui sert avant d’exiger.
Servir l’État aujourd’hui, c’est permettre à chaque citoyen, du village le plus reculé au quartier le plus urbain, de pouvoir dire avec sérénité :
« Je ne partage pas toujours toutes les décisions,
mais je sais que mon pays me respecte, m’écoute
et tient compte de ma réalité quotidienne. »
C’est à cette condition que la Côte d’Ivoire poursuivra sa marche,
non seulement debout,
mais unie, confiante et maîtresse de son avenir.
À Abidjan, le 27 décembre 2025
Yaya Fofana
Président du Mouvement des Forces d’Avenir (MFA)





