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Revenu sur la terre de ses ancêtres, Séry Ibrahim, piqué par le virus de la politique, ne manque pas d'ambition. Dans cet entretien, il annonce son intention de briguer la magistrature suprême. Âgé de 43 ans, il invite les Ivoiriens à ''sortir du mensonge politique''. 

 

M. Séry Ibrahim Saint-Clair, vous réapparaissez sur la scène politique après une longue période d'absence. Quelles sont les motivations de ce retour ?

 

Je tiens d'abord à saluer la population ivoirienne et à lui dire ma compassion suite aux nombreuses crises qu'elle a traversées, et j'aimerais que les Ivoiriens comprennent que les crises qu'ils traversent ne datent pas des années 2000. C'est depuis les années 60 que la Côte d'Ivoire est en crise. Les Ivoiriens vivent continuellement dans le mensonge politique, et c'est la raison pour laquelle il n'y a pas de cohésion sociale.  Quand des individus, considérés comme des leaders politiques, disent que tous les problèmes de la Côte d'Ivoire sont l’œuvre d'Alassane Ouattara, je dis  c'est faux.  Il faut qu'on dise la vérité pour guérir la Côte d'Ivoire.  M. Alassane Ouattara  a trouvé les problèmes ici. Laurent Gbagbo n'est pas le problème de la Côte d'Ivoire. C'est ceux qui ont dirigé ce pays depuis les années 60 qui ont failli à leur mission  d’éducation politique. Ils nous ont caché l'histoire réelle de la Côte d'Ivoire, et voilà que cette même histoire nous rattrape après 57 ans d’indépendance. Il faut donc arrêter de dire que c'est le président Ouattara qui est le problème. Les Ivoiriens doivent arrêter de se diaboliser, parce qu'en Afrique, en général, et particulièrement en  Côte d'Ivoire, un leader politique est adossé à son groupe ethnique et à sa religion. Alors, quand on dit qu’Alassane Ouattara est le problème de la Côte d'Ivoire, une partie des Ivoiriens voient ainsi leur région et leur groupe ethnique diabolisés. A cette allure, on ne peut pas aller à la paix.

 

Vous revenez sur la scène politique pour faire quoi, de façon concrète ?

 

Ce retour sur la scène politique sera matérialisé par des campagnes de sensibilisation,  parce que comme je le disais  tantôt, il faut dénoncer le mensonge politique. Aujourd'hui, il existe des alliances politiques. Mais moi je ne viens pas pour faire une alliance politique. Je viens pour sensibiliser les Ivoiriens et éveiller leur conscience sur les crises politiques et sociales.

 

Comment allez-vous vous y prendre. A vous entendre, on dirait que vous nourrissez des ambitions pour 2020 ?

 

Oui, je suis candidat à l’élection présidentielle de 2020  pour instaurer la paix et la cohésion sociale, parce que les Ivoiriens sont déçus des partis politiques et des alliances politiques. Aujourd'hui, les Ivoiriens disent qu'aucun parti politique, aucune coalition politique, ne peut apporter la paix en  Côte d'Ivoire. Cela a été déjà vérifié dans les années 95. Le Fpi et le Rdr  se sont mis dans un front républicain, cela n'a pas marché. Le Pdci et le Rdr ont créé l'houphouëtisme, mais ils ne s'entendent pas sur certaines questions. Alors que faut-il espérer d'eux pour le futur ? Je dis simplement que le futur nous appartient.

 

Quelles sont vos chances face aux grands partis comme le Fpi, le Rdr, le Pdci ?

 

C'est une bonne question. Mes chances sont très grandes parce que l'argument politique que je vais développer va interpeller la conscience de la masse sociale  ivoirienne.

 

De quel argument s'agit-il ?

 

C'est qu'il faut sortir du mensonge politique. Nous sommes la jeunesse, nous sommes le présent et le futur de cette nation. Si la jeunesse veut avoir un futur meilleur, elle doit s’écouter. Elle ne doit pas cautionner le mensonge politique. Et c'est ce message que je vais porter aux Ivoiriens. Il faut arrêter le mensonge politique. Les gens se diabolisent parce qu’ils veulent obtenir des postes ministériels. Mais pendant ce temps, qu'est-ce que les Ivoiriens deviennent ?

Moi, je ne viens pas pour mentir aux gens, je ne viens pas pour chercher un poste ministériel, je viens pour prendre la Côte d'Ivoire, parce que le peuple souffre. Les Ivoiriens ont besoin de se soigner, ils ont besoin de s’éduquer. Les Ivoiriens disent que la vie est trop chère, les hôpitaux sont délabrés, la corruption bat son plein, le transport est difficile. Les Ivoiriens ne savent plus à quel saint se vouer. Et ce que je suis en train de dénoncer ne concerne pas le régime Ouattara. C'est depuis les années 60 que les Ivoiriens souffrent, parce que quand on dénonce quelque chose, on pense qu'on est contre quelqu'un.

 

Alors, justement, quel regard portez-vous sur l'actualité politique ivoirienne ?

 

En ce moment, je suis très inquiet parce que quand j'observe certains leaders politiques, et que j’écoute leurs propos, j'éprouve de la pitié pour mon pays. Et je me dis que le peuple n'a pas de véritable leader politique qui parle des problèmes que les Ivoiriens vivent, mais  plutôt comment faire pour faire  des alliances politiques pour remporter des élections. C'est bien dommage. L'avenir de la Côte d'Ivoire  est vraiment hypothéqué avec ces leaders politiques qui ne se soucient que de leurs  ambitions personnelles, au détriment de l’intérêt supérieur de la nation.

 

Sous quelle étiquette allez-vous vous présenter à la présidentielle ?

 

Je me présenterai en tant que candidat indépendant, et je suis le candidat de la confiance, de l’espérance. Je demande aux Ivoiriens de ne pas perdre espoir. Ce que nos parents n'ont pas pu faire, nous pouvons le faire. Et je demande aussi à nos parents d'être fiers de nous, car quand on met un enfant à l’école et qu'il veut prendre ses responsabilités, il faut encourager cela. Nous avons étudié aux États-Unis, nous sommes rentrés au pays et nous voyons comment les gens vivent. Il est temps qu'on vive véritablement  ensemble, sinon la Côte d'Ivoire sera dans un climat de suspicion permanente. Les leaders politiques de même bord ont du mal à s’entendre. Et les Ivoiriens se posent la question de savoir si ces personnes qui sont dans la même chapelle politique ne s'entendant pas, est-ce qu'ils peuvent réconcilier une nation.

Voici le problème. Donc je demande aux Ivoiriens de ne pas désespérer, d’être forts et d'opter pour la candidature indépendante incarnée par M. Séry Ibrahim Saint-Clair. Le politique ivoirien a échoué depuis les années 60. La Côte d'Ivoire n'a jamais été indépendante et démocratique. Dans un pays démocratique, il y a toujours passation de pouvoir, mais depuis les années 60 jusqu'à nos jours, il n'y a jamais eu cela. Le premier président, Félix Houphouët-Boigny, a été président par récompense coloniale. Après lui, Henry Konan Bédié, c'est l'article 11 de la Constitution qui l'a envoyé là. Feu Robert Gueï, tout le monde sait comment il est parvenu au pouvoir.  Laurent Gbagbo a dit lui-même qu'il a été élu dans des conditions calamiteuses. Alassane Ouattara est arrivé après une élection soldée par une guerre meurtrière pour arracher le pouvoir. Il n'y a donc jamais eu de passation de pouvoir. On ne peut pas parler de démocratie dans ces conditions. Je viens pour construire la vraie démocratie avec les  valeurs cardinales africaines. C'est très important parce qu'on ne peut pas piétiner nos valeurs et vouloir construire une démocratie.

Entretien réalisé par A.K.