cote-divoire-6e-pont-dabidjan-les-insuffisances-et-le-manque-de-vision-dun-projet-onereux.jpg

On s'apprête à signer le 6e pont : Abatta-Koumassi-Port-Bouët long de 6,2 km sur la lagune avec un coût de 200 milliards FCFA. L’illusion parfaite d'une solution contre les embouteillages, en réalité, le pompage du trafic vers le sud.

Techniquement, c'est du gaspillage.

 

Rappel des faits, parce qu'on oublie vite

 

Abidjan, c'est plus de 6 millions d'habitants en 2026. Le schéma-directeur du Grand Abidjan (SDGA) date de 1992, pour 2,5 millions d'habitants. Il n'a jamais été réellement appliqué.

Résultat : Bingerville seule est passée de 30 000 à 350 000 habitants sans un seul gros collecteur d'eau.

Ils ont ajouté 5 ponts. Et pourtant, le temps perdu dans les bouchons a augmenté de 40% en 2025. Ajouter un pont au centre d'une ville ne l'a jamais décongestionnée. Ça l'attire.

Ils ont créé une autoroute fantôme, inexploitable : la Y4.

La Y4 est le plus grand gâchis d'Afrique de l'ouest. 26 km, 2x3 voies, d'Anyama à Port-Bouët, vide. 4 000 véhicules par jour pour une capacité de 80 000.

Pourquoi ? Parce qu'il n'y a rien à ses extrémités. Pas de zone industrielle à Anyama, pas de base logistique à Songon. Et on laisse encore les poids lourds éventrer Adjamé et Yopougon.

Et puis, il y a le trou de 15 km : la rocade de Bingerville s'arrête à Eloka. Eloka, ce village devenu quartier derrière Bingerville. Il manque 15 km de route en terre ferme pour rejoindre l'autoroute de Grand-Bassam. A cause de ces 15 km, tout l'Est et le Sud sont obligés de retraverser Abidjan pour aller à l'ouest et au Nord.

 

Pourquoi le 6e pont va aggraver le problème

 

Le 6ème pont prend 20 000 voitures de Bingerville / Abatta et les déverse directement à Koumassi / Marcory. Koumassi est déjà saturé à 180% à 7h30.

C'est une pompe à embouteillages. Vous ne fluidifiez pas. Vous déplacez le bouchon de Bingerville à Koumassi.

 

La vraie décongestion, c'est 5 décisions. pas un pont

 

Etape 0 : le sous-sol avant le sol

 

Aucune route ne tient si elle est inondée. A chaque pluie, la Y4 est coupée à Akouédo et Abatta est sous les eaux. Avant de parler de pont, on double les collecteurs d'Akouédo-Abatta et on impose un bassin d'orage à chaque promoteur. Sans ça, tout ce qu'on va construire à Eloka, point focal de la future autoroute Abidjan-Lagos, sera emporté.

 

Etape 1 : le tgv Abidjan – Yamoussoukro

 

C'est le projet qui change tout. Aujourd'hui, 5 000 voitures font Abidjan-Yakro chaque jour pour une simple démarche administrative. 5 000 voitures qui bouchent Yopougon et Adjamé pour rien.

Faites Abidjan-Yakro en 45 minutes au lieu de 3h30, et vous videz Abidjan de tous ceux qui n'ont même pas besoin d'y être.

Contradiction : Le 6ème pont dit "Venez tous au centre d'Abidjan". Le TGV dit "Vous n'avez plus besoin de venir à Abidjan". Quelle vision on choisit ?

 

Etape 2 : le gel de Bingerville et Angré

 

C'est le cancer urbain. 50 000 logements autorisés à Bingerville, 30 000 à Angré 7ème et 8ème tranche, sans une seule usine ni un seul bureau. Chaque immeuble ajoute 2 voitures.

Solution : Moratoire de 5 ans. Pas de permis si vous ne créez pas 1 emploi pour 1 logement + 1 bureau. On arrête de construire des dortoirs.

 

Etape 3 : Exploiter la Y4

 

On crée 2 zones industrielles de 200 hectares à Anyama et Songon, et on interdit le transit poids lourds en ville de 6h à 22h. On les oblige à prendre la Y4. En une semaine, la Y4 tourne à 95% et Adjamé respire.

 

Étape 4 : Fermer la boucle est - Eloka / Bassam + Brt lagunaire

 

C'est l'alternative à 80 milliards contre 200 milliards.

- On bitume les 15 km Eloka - Bassam, sur terre ferme. Bingerville à Bassam sans jamais entrer dans Abidjan.

- Avec le reste, on lance 40 bateaux-bus électriques de 300 places : Abatta / Eloka / Bassam-Treichville en 20 minutes.

- On crée une zone d'emplois de 100 hectares à Eloka, branchée sur l'autoroute Abidjan-Lagos.

Contradiction : Le 6ème pont dit "achetez une voiture pour traverser la lagune". La boucle Eloka + BRT dit "laissez votre voiture et sortez d'Abidjan".

Avec ce schéma, on n'a plus besoin de pont dont l'entretien va coûter des milliards par an.

 

Conclusion

 

Le 6ème pont semble ne pas être un projet de décongestion. C'est un projet de rente foncière ? Il sert à faire passer le m² à Abatta de 30 000 à 80 000 FCFA ?

On ne décongestionne pas une ville de 6 millions d'habitants en perçant un 6ème trou dans sa lagune pour densifier le flux migratoire. On la décongestionne en ayant le courage de dire NON.

NON à de nouveaux dortoirs à Bingerville tant qu'il n'y a pas d'emplois et de canalisations.

NON à des camions qui éventrent Abidjan quand une rocade de 26 km vide les attend.

NON à un pont à 200 milliards qui ramène des voitures au centre, quand pour 80 milliards sur terre ferme on peut les sortir définitivement par Eloka-Bassam.

La solution n'est pas de construire le 6ème pont. La solution est de le rendre inutile.

Tant qu'on n'a pas drainé Abatta, bouclé la Y4 et raccordé Eloka à la future autoroute Abidjan-Lagos, créé une base logistique à Eloka et lancé le TGV, parler de 6ème pont est une faute professionnelle et une insulte à l'intelligence des Abidjanais.

On ne rajoute pas un étage à une maison dont les fondations sont inondées. Encore moins des ponts au-dessus de problèmes qu'on est incapable de résoudre au sol.

200 milliards doivent servir à sortir les voitures d'Abidjan, pas à les y ramener.

By Gabriel Gauss

Facebook du Prof Samaké