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En seulement trois mois, le Burkina Faso a réussi un exploit technique. Le 21 juillet 2026, le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo a procédé à l'inauguration de la centrale thermique de Pabré, une infrastructure de 50 mégawatts réalisée en 90 jours, soit un mois avant le délai contractuel.

 D'un coût de 18 milliards de francs CFA, l'installation vient renforcer les capacités de production de la Société nationale d'électricité du Burkina (SONABEL) et marque le lancement d'une ambitieuse stratégie visant à renforcer la souveraineté énergétique du pays. Mais derrière cette performance se dessine une réalité plus complexe.

L'ouvrage symbolise moins une victoire définitive qu'une réponse d'urgence à une crise énergétique devenue critique. Depuis près de onze ans, le Burkina Faso fait face à une double pression. D'un côté, l'insécurité liée aux attaques djihadistes fragilise les infrastructures et ralentit les investissements de long terme.

De l'autre, la croissance démographique, l'urbanisation et le développement économique entraînent une hausse constante de la consommation d'électricité, mettant sous forte tension le réseau national. Résultat : la SONABEL peine à satisfaire la demande, multipliant les délestages qui affectent aussi bien les ménages que les entreprises.

Face à cette équation, les autorités ont privilégié la rapidité à la perfection. Construire une centrale thermique en 90 jours apparaît comme une démonstration d'efficacité dans un contexte où chaque mégawatt supplémentaire permet de soulager un système électrique sous pression.

A court terme, le choix est difficilement contestable : attendre plusieurs années la mise en service de grands barrages hydroélectriques ou de vastes complexes solaires aurait prolongé les pénuries et freiné davantage l'activité économique. Cependant, cette réponse immédiate comporte un revers stratégique majeur.

Contrairement aux énergies renouvelables, la centrale de Pabré fonctionne grâce aux combustibles fossiles. Son exploitation dépend donc entièrement des importations de produits pétroliers, exposant le Burkina Faso aux fluctuations des cours internationaux du pétrole et aux risques d'approvisionnement. Cette dépendance énergétique pourrait peser lourdement sur les finances publiques si les prix mondiaux venaient à s'envoler.

L'inauguration de Pabré intervient d'ailleurs alors que le gouvernement prépare déjà la mise en service d'une autre centrale thermique de 120 mégawatts à Saaba. Si ces projets permettront de réduire les déficits électriques à court terme, ils renforcent également le poids du thermique dans le mix énergétique national, au risque de repousser la transition vers des sources d'énergie plus durables et moins coûteuses à long terme.

En réalité, Pabré illustre le dilemme auquel sont confrontés de nombreux Etats africains : assurer immédiatement l'accès à l'électricité pour soutenir l'économie ou investir prioritairement dans des solutions structurelles, plus longues à déployer mais plus résilientes.

La centrale de Pabré n'est donc pas seulement une nouvelle installation électrique. Elle incarne le choix d'un pays confronté à l'urgence, contraint de privilégier la vitesse pour éviter l'asphyxie énergétique. Reste désormais à transformer cette réponse provisoire en véritable tremplin vers une indépendance énergétique durable, où le solaire, l'hydroélectricité et les autres énergies renouvelables prendront progressivement le relais du thermique.

A.K.