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Dans une tribune au ton à la fois écologique, citoyen et spirituel, l’Abbé Éric Norbert Abékan dénonce les conséquences de l’orpaillage clandestin sur les cours d’eau, les terres, la santé humaine et la cohésion sociale. Pour lui, la course à l’or ne doit jamais prendre le pas sur la protection de la vie.

La Côte d’Ivoire fait face à une dégradation croissante de son environnement dans plusieurs zones touchées par l’orpaillage clandestin. Face à cette situation, l’Abbé Éric Norbert Abékan élève la voix. Dans une tribune intitulée « Jaune est le sang de notre mère, la terre d’Ivoire », le religieux livre un plaidoyer sans concession pour la protection de la nature et de la vie humaine.

Pour lui, l’orpaillage clandestin constitue bien plus qu’une simple activité illégale. Il y voit une menace profonde contre l’homme et son environnement.

« L’orpaillage clandestin : un crime, et le mot n’est pas assez fort », écrit-il.

La terre qui nourrit l’homme est en danger.

Pour illustrer son propos, l’Abbé Éric Norbert s’appuie sur l’image saisissante d’un oiseau qui, perché sur une branche, la picore jusqu’à la fragiliser et finalement la briser.

Cette branche, c’est la terre nourricière, explique-t-il en substance. L’homme, en détruisant son environnement, compromet les conditions mêmes de sa propre existence.

« Notre pauvre terre nourricière qui nous porte et nous apporte le pain quotidien saigne, pleure et souffre », déplore-t-il.

L'Abbé Éric Norbert pointe particulièrement la pollution des eaux, la destruction des terres agricoles et la disparition progressive de certaines ressources halieutiques. Les conséquences, selon lui, touchent directement l’alimentation et la santé des populations.

Des eaux qui changent de couleur

L’image de l’eau jaune revient comme un refrain dans sa tribune.

« L’eau claire de nos sources est jaune. L’eau limpide de nos rivières et lagunes est jaune », écrit-il.

À travers cette image, le religieux entend attirer l’attention sur la pollution des cours d’eau liée aux activités minières clandestines et sur les conséquences potentielles pour les populations riveraines.

Il évoque également la disparition des poissons et la contamination de l’environnement, autant de phénomènes qui affectent les habitudes alimentaires et les moyens de subsistance des communautés.

« Ce que nous mangeons nous tue. Tout est souillé », alerte-t-il, dans une formule volontairement provocatrice destinée à susciter une prise de conscience collective.

L’Abbé Éric Norbert Abékan ne rejette pas la recherche de richesse. Mais il pose une limite claire : l’or ne saurait être recherché au prix de la destruction de la vie.

Son message tient en une formule :

« La course à l'or, d'accord ! La santé de la personne humaine d'abord ! ».

Une manière de rappeler que le développement économique ne peut être durable que s’il protège l’homme et son environnement.

Un appel inspiré de Laudato si’

La dimension spirituelle occupe une place importante dans cette réflexion.

Il a fait référence à Laudato si’, l’encyclique du pape François consacrée à la sauvegarde de la maison commune. Il rappelle que l’être humain n’est pas propriétaire absolu de la Création, mais qu’il en est responsable.

« Seigneur, Maître de la Vie, en mettant l’homme au cœur de Ta Création, Tu lui as demandé de la gérer et non de la détruire », écrit-il.

Son interrogation s’adresse alors à chacun : « Laudato si’, du Saint-Père François, de vénérée mémoire, ça nous parle encore ? ».

Un appel aux responsables communautaires.

Dans cette tribune, les autorités traditionnelles et les responsables locaux ne sont pas épargnés.

Chefs, Rois, Reines, élus et responsables des campements, des hameaux, des villages et régions sont interpellés sur leur responsabilité face à l’implantation et à la persistance de l’orpaillage clandestin.

Il met en garde contre le silence et l’inaction qu’il qualifie de « silence-coupable ».

Car, estime-t-il, laisser faire la destruction de l’environnement revient à fragiliser l’avenir des communautés elles-mêmes.

Au-delà de la pollution, l’Abbé Éric Norbert Abékan évoque également les violences qui peuvent accompagner certaines zones d’orpaillage clandestin : violences, viols, meurtres, empoisonnement de la nature et dégradation des terres.

Il dresse ainsi le portrait d’une société où la recherche effrénée de l’or risque de se transformer en course contre la vie.

Son avertissement est sans détour : si l’homme continue de détruire la branche sur laquelle il est assis, il finira par tomber avec elle.

La terre, rappelle-t-il, est notre maison commune. Elle nous nourrit, nous porte et nous fait vivre. La détruire, c’est donc hypothéquer notre propre avenir.

Au terme de sa tribune, l’Abbé Éric Norbert Abékan transforme son cri d’alarme en prière :

« Seigneur, couvre-nous de l’or de Ta Parole et nous vivrons ! ».

Une formule qui résume toute la démarche : face à l’or qui détruit, il appelle à rechercher un autre trésor, celui de la vie, de la responsabilité, de la solidarité et du respect de la Création.

La véritable richesse d’une nation ne se mesure pas seulement à la quantité d’or extraite de son sous-sol, mais aussi à la capacité de préserver ses terres, ses eaux, sa biodiversité et surtout la vie de ses populations.

Rémy Montini Dago