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La traite des personnes prend de nouvelles formes en Afrique de l'ouest et du Centre, alerte l'OIM.

Des réseaux criminels recrutent un nombre croissant de personnes par de fausses offres d'emploi, pour les exploiter ensuite dans des centres d'arnaques en ligne. Ce phénomène, longtemps associé à l'Asie du Sud-Est, gagne désormais l'Afrique de l'Ouest et du Centre, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui publie ce constat à l'occasion de la Journée mondiale de la lutte contre la traite des êtres humains.

Les victimes sont attirées par des promesses d'emploi à l'étranger, souvent diffusées sur les réseaux sociaux. Une fois recrutées, elles peuvent se voir confisquer leurs papiers, être placées sous surveillance, endettées de force, puis contraintes de mener elles-mêmes des opérations d'arnaque en ligne. L'OIM observe les mêmes ressorts que dans les formes plus anciennes de traite qui persistent dans la région : visas touristiques utilisés à la place de permis de travail, servitude pour dette, tromperie sur les conditions réelles du travail proposé.

« Qu'une personne soit exploitée dans un foyer, une ferme, une mine, dans la rue ou derrière un écran, elle est victime de traite dès lors que la coercition, la tromperie ou l'abus sont en jeu », souligne Sylvia Ekra, directrice régionale de l'OIM pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre. « Les personnes contraintes de participer à des arnaques ont besoin de protection et d'accompagnement, non de stigmatisation. »

Les données de l'organisation montrent aussi que la traite ne suit pas seulement les routes vers l'Europe ou le Golfe. Entre 2017 et 2026, quatre des dix principaux pays de destination des victimes assistées par l'OIM se trouvaient dans la région elle-même. Une bonne partie de la traite qui touche l'Afrique de l'Ouest et du Centre se joue donc à l'intérieur même du continent.

En 2026, au 16 juillet, l'OIM avait assisté 1 513 victimes de traite dans la région, dont 1 022 femmes et 491 hommes. Les femmes, majoritaires aux deux tiers, restent surreprésentées dans l'exploitation sexuelle, la servitude domestique et le mariage forcé. Les hommes et les garçons sont davantage ciblés par le travail forcé, la mendicité forcée, l'exploitation dans les mines et l'agriculture, et désormais par le recrutement vers la criminalité forcée en ligne. Depuis 2017, l'OIM a assisté 12 308 victimes dans la région, dont 3 185 hommes.

« Les réseaux de traite opèrent à travers les frontières, les corridors, les communautés, les espaces numériques et les marchés du travail. La protection ne peut s’arrêter à une frontière ou à un point de retour », a ajouté Sylvia Ekra.

« Une approche fondée sur les routes permet de faire en sorte que les personnes à risque puissent être identifiées et accompagnées tout au long de leur parcours, grâce à des mécanismes d’orientation, une assistance juridique, un hébergement sûr, un soutien psychosocial, un retour volontaire et une réintégration lorsque cela est approprié, ainsi qu’un accès aux systèmes nationaux de protection. »

En Afrique de l’Ouest et du Centre, l’OIM accompagne les gouvernements, la société civile et les acteurs communautaires afin de renforcer la protection et l’assistance aux victimes de traite et aux migrants en situation de vulnérabilité. A travers des centres de transit et mécanismes de ressources et de réponse pour les migrants, l’Organisation offre des services de protection, un appui à la documentation, une aide au retour volontaire et à la réintégration, ainsi que des orientations vers des services de santé, d’assistance juridique et de soutien psychosocial.

Au-delà de l’assistance directe, l’OIM agit sur la prévention en s’attaquant aux facteurs que les trafiquants exploitent : manque d’opportunités, chômage, pauvreté, exclusion, accès limité à l’éducation et aux compétences, et absence de voies sûres et régulières. Cette action comprend le soutien au développement des compétences des jeunes, à la formation professionnelle, à l’entrepreneuriat et aux moyens de subsistance, afin que les jeunes et les migrants de retour puissent construire des perspectives plus sûres.

En travaillant avec les communautés, les écoles, les autorités locales, les médias, la société civile et les réseaux de migrants, l’OIM sensibilise aussi aux risques de traite, aux recrutements trompeurs, aux arnaques en ligne et à la migration irrégulière, afin d’aider les personnes à reconnaître les signaux d’alerte, à prendre des décisions éclairées et à savoir vers qui se tourner en cas de besoin.

En Afrique de l’Ouest et du Centre, où la mobilité est au cœur des moyens de subsistance, des liens familiaux, de l’intégration régionale et des opportunités, la lutte contre la traite doit s’ancrer dans une approche transrégionale avec à son centre la protection des personnes.

 
Eva Noma SIBANDA

Media and Communications Officer

International Organization for Migration (IOM)

Abidjan – Côte d'Ivoire

OIM Côte d'Ivoire