Condamné à mort par contumace en 2025, l’ancien président congolais Joseph Kabila prend la tête d’un mouvement politico-militaire qui intègre les rebelles du M23. Une annonce qui intervient dans un pays meurtri par des décennies de violences, alors que les tensions politiques s’intensifient autour de la succession de Félix Tshisekedi.
La République démocratique du Congo (RDC) replonge dans une zone de turbulences. Lundi 12 octobre au soir, une annonce est venue raviver les inquiétudes dans ce pays d’Afrique centrale, éprouvé par des décennies de conflits armés : l’ancien président Joseph Kabila prend la tête d’un nouveau mouvement politico-militaire incluant les rebelles du M23, qui contrôlent de vastes territoires dans l’est du pays.
Baptisée Front pour la refondation de la nation (FRN), cette nouvelle coalition marque un tournant dans le parcours de l’ancien chef de l’État, au pouvoir de 2001 à 2019. Âgé de 55 ans, Joseph Kabila, qui se fait rare sur la scène publique, est apparu aux côtés de plusieurs hauts responsables du M23 à Goma, ville conquise par les rebelles en 2025. Silencieux devant les journalistes, il a laissé ses alliés annoncer la création de cette structure, dont il prend la présidence.
Une alliance qui ravive les blessures de l’Est
Le FRN entend fédérer ses composantes pour « mutualiser leurs forces, leurs ressources et leurs moyens ». Ses dirigeants affichent un objectif radical : mettre fin au pouvoir qu’ils qualifient de tyrannique, « par tous les moyens, y compris la force ».
Derrière ces déclarations, une nouvelle page s’ouvre dans une région où la paix demeure une promesse sans cesse repoussée. Depuis plus de trente ans, l’est de la RDC vit au rythme des affrontements, des déplacements de populations et de l’insécurité. Au début de 2025, l’offensive du M23, soutenu par l’armée rwandaise selon les autorités et plusieurs sources internationales, a abouti à la prise de Goma et de Bukavu, les principales villes du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Pour les populations prises au piège des combats, les conséquences sont considérables. Les tentatives de médiation se succèdent, mais les armes continuent de parler. L’accord conclu en décembre 2025 entre Kinshasa et Kigali, sous l’égide des États-Unis, n’a pas produit de résultats tangibles sur le terrain. Le cessez-le-feu convenu en juillet 2025 entre le gouvernement congolais et le M23, dans le cadre d’une médiation qatarie, n’a pas davantage permis de mettre durablement fin aux hostilités.
La création du FRN fait ainsi planer la menace d’une recomposition des forces armées et politiques, au moment où les perspectives de paix restent fragiles.
Kabila, de l’ancien chef de l’État au dirigeant d’une coalition armée
Cette nouvelle alliance intervient alors que Joseph Kabila fait face à de lourdes accusations judiciaires. À la fin de septembre 2025, la justice militaire congolaise l’a condamné à mort par contumace pour trahison et crimes de guerre. Elle l’accusait notamment d’avoir contribué à la création de l’Alliance fleuve Congo, une structure politique liée au M23, désormais dissoute au profit du FRN.
Les responsables du mouvement rebelle et de son ancienne branche politique occupent désormais des postes de vice-présidents au sein de la nouvelle coalition. Cette organisation officialise ainsi un rapprochement aux implications majeures pour l’équilibre politique et sécuritaire du pays.
La bataille du pouvoir en toile de fond
A cette crise sécuritaire s’ajoute une confrontation politique autour de l’avenir institutionnel de la RDC. Félix Tshisekedi, successeur de Joseph Kabila, doit achever son second mandat de cinq ans en 2028. La Constitution congolaise limite à deux le nombre de mandats présidentiels.
Mais les débats sur une éventuelle révision constitutionnelle alimentent les soupçons de l’opposition, qui accuse le camp présidentiel de vouloir ouvrir la voie à un troisième mandat. Des manifestations organisées en juin et en septembre à Kinshasa et dans plusieurs grandes villes ont été dispersées par les forces de l’ordre, parfois dans un climat de violences. Les Nations unies ont signalé au moins un mort lors du rassemblement de juin, tandis que l’opposition a dénoncé la mort d’un de ses membres lors des manifestations de septembre.
Dans ce contexte explosif, l’entrée de Joseph Kabila à la tête d’une coalition intégrant le M23 ajoute une dimension militaire à une crise politique déjà profonde. Entre contestation du pouvoir, affrontements armés et médiations infructueuses, la RDC se retrouve face à une équation redoutable : préserver son intégrité territoriale, rétablir la sécurité et éviter que la lutte pour le pouvoir ne plonge davantage le pays dans la violence.