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La création du parti PASTEF (Les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité), jeune formation de l’échiquier politique sénégalais, a su, sous le leadership de Ousmane Sonko, se hisser en quelques années au sommet de l’État, jusqu’au palais présidentiel, en moins de cinq ans d’existence effective.

Depuis, son engagement politique, son aura, son leadership et les idéaux qu’il a portés lors de ses meetings ainsi que sa détermination à œuvrer pour la consolidation de la démocratie sénégalaise, ont suscité l’adhésion d’une large frange de la population, en particulier la jeunesse. Celle-ci a vu en lui un leader porteur d’espoir, malgré les nombreuses épreuves traversées, notamment son incarcération ainsi que celle de certains de ses proches collaborateurs, dont l’actuel président de la République, Bassirou Diomaye Faye.

La libération des deux hommes, suivie de la décision de Ousmane Sonko de soutenir la candidature de Bassirou Diomaye Faye à la magistrature suprême, a rencontré une adhésion populaire massive, traduisant l’aspiration du peuple sénégalais à un renouveau générationnel.

Lors de la campagne électorale, Ousmane Sonko avait tenu des propos rassurants quant à sa relation avec le chef de l’État, qu’il qualifiait de « jeune frère », affirmant qu’aucune trahison ne saurait intervenir entre eux, au regard des liens solides tissés au fil des années.

Cependant, après plus d'une année d’exercice du pouvoir étatique, certaines déclarations suscitent des inquiétudes, tant au sein de l’opinion publique sénégalaise qu’auprès de nombreux observateurs africains, qui voyaient en cette expérience un modèle inspirant pour la classe politique du continent.

Dans ce contexte, il apparaît nécessaire qu’un dialogue inclusif et sincère soit engagé entre Ousmane Sonko et le Président Bassirou Diomaye Faye, afin de préserver l’unité, la stabilité politique et la pérennité de leur formation politique.

La jeunesse de leurs leaders, tout comme celle de leur électorat, constitue un atout majeur pour inscrire leur action dans la durée.

Plusieurs perspectives stratégiques peuvent ainsi être envisagées.

Ousmane Sonko pourrait, dans un premier temps, accompagner le président de la République jusqu’à la fin de son mandat en 2029, en vue de sa reconduction pour un second mandat.

Par la suite, une alternance interne au sein du parti pourrait être envisagée, permettant à Ousmane Sonko de briguer la magistrature suprême et d’assurer la continuité de l’action engagée, avant qu’un autre cadre du parti ne prenne le relais. Une telle dynamique garantirait la stabilité et la longévité du parti, à l’image de certaines formations politiques historiques.

Le Sénégal demeure, en effet, un modèle de démocratie en Afrique, reconnu pour son attachement à la liberté d’expression et à la stabilité institutionnelle.

Toutefois, une incertitude majeure demeure, l’épée de Damoclès juridique qui pèse sur Ousmane Sonko pourrait compromettre son éligibilité à l’élection présidentielle de 2029.

Dans ce contexte, le Président Bassirou Diomaye Faye apparaît comme l’unique personnalité susceptible de permettre, à travers une mesure d’amnistie, la réhabilitation politique de son Premier ministre.

Néanmoins, certaines prises de position jugées belliqueuses de Ousmane Sonko fragilisent cette perspective, dans la mesure où le chef de l’État pourrait privilégier la consolidation de son propre pouvoir en vue d’un second mandat.

Dès lors, dans l’intérêt de l’unité du parti, du respect des Institutions de la République et de la stabilité du Sénégal, il serait souhaitable que le Premier ministre adopte une posture plus conciliante et s’inscrive pleinement dans une logique de cohésion avec le Président de la République

Ange Djeni

Journaliste et analyste politique