L'Eglise catholique en Côte d’Ivoire, est en deuil. Le Père Jean Gbaka, rappelé à Dieu le dimanche 11 octobre 2026 à la Polyclinique internationale Sainte Anne-Marie (PISAM), à Abidjan, des suites d'une courte maladie, a laissé derrière lui le souvenir d'un prêtre dont la proximité humaine a profondément marqué ses fidèles et tous ceux qui l'ont connu.
La veillée de prière organisée le jeudi 29 octobre 2026, de 21 heures à l'aube, à la paroisse Notre-Dame de l'Immaculée Conception de Garahio, a constitué un premier temps fort de ce dernier hommage. Conduite par le Père Alain Zagbayou, curé de la paroisse, elle a été animée par la fusion des chorales de Babré, de Kéhi-Gbahi et de Garahio.
Placée sous le signe de la charité et du partage, la célébration a été éclairée par deux textes bibliques particulièrement évocateurs. La première lecture, tirée de la première lettre de saint Jean, a rappelé : « Petits enfants, n'aimons pas par des paroles ni, par des discours mais, par des actes et en vérité » (1Jean 3,18). Quant à l'Évangile, il a rapporté cette interpellation de Jésus à ses disciples : « Ici, nous sommes dans un endroit désert. Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mathieu 14,16).
Dans son homélie, le Père Basile Diané, Curé de Notre-Dame de la Compassion d'Adjahui-Coubê dans le diocèse de Grand-Bassam, a présenté le défunt comme un modèle de dépouillement et de générosité.
« Nous avons partagé des joies et des peines. Gbaka s'est dépouillé pour les autres. Un modèle de prêtre pour les générations de prêtres qui ont besoin de repères et de références dans le sens du partage et du sacrifice », a-t-il souligné.
Pour le prédicateur, le dépouillement constitue une qualité essentielle du ministère sacerdotal. Le prêtre est appelé à vivre dans la simplicité et à se sacrifier au service des pauvres et des personnes démunies. Ayant marqué son existence par cet Évangile et l'ayant traduit en actes, le Père Jean, a-t-il poursuivi, recevra la vie éternelle. En poursuivant son exhortation, le Père Basile Diané a invité les fidèles à ne pas se limiter aux paroles, mais à prolonger concrètement l'engagement du défunt. « Comme le Christ, il est de notre devoir d'agir. Ouvrons nos yeux sur les besoins des nécessiteux pour poursuivre le combat de Jean Gbaka. Donnez-leur vous-mêmes à manger », a-t-il lancé. En s'appuyant sur le geste de Jésus face à l'urgence de la faim, il a invité les paroisses ainsi qu'aux religieux et religieuses à l'ouverture de banques alimentaires dans les paroisses afin de venir en aide aux personnes vulnérables. Pour lui, Jean laisse un véritable testament spirituel : celui de l'entraide et de la charité. « Jean, merci et adieu », a-t-il conclu.
Le vendredi 30 octobre 2026, après l'office des défunts, la messe de requiem a débuté à 10 heures. Elle a été présidée par Monseigneur Jean-Jacques Koffi Oi Koffi, archevêque métropolitain de Gagnoa, et co-célébrée par Monseigneur Alain Clément Amiézi, évêque du diocèse d'Odienné, et Monseigneur Honoré Beugré Dakpa, évêque du diocèse de Katiola. Ces deux prélats, compagnons de promotion du défunt, appartiennent également à la promotion sacerdotale de 1998.
De nombreux prêtres, religieux et religieuses, ainsi que des fidèles laïcs venus d'horizons divers, ont pris part à cette célébration eucharistique d'action de grâce et d'espérance.
Chargé de prononcer l'homélie, le Père François d'Assise Niakouri Curé de Sainte Bernadette de Vridi canal Port-Bouët, s'est adressé en langue bhété à la famille biologique du défunt, avant de traduire son message en français. Il a exprimé ses condoléances et invité les proches à trouver la force et le courage dans l'espérance chrétienne.
« Mes condoléances, force et courage à vous, parents, à Monseigneur Jean-Jacques, que nous portons dans cette épreuve, ainsi qu'aux amis, aux membres du presbyterium de Gagnoa et à l'Église catholique en Côte d'Ivoire », a-t-il déclaré.
Méditant sur la mort et la résurrection, le Père François d'Assise Niakouri a rappelé que la mort corporelle, à laquelle nul vivant ne peut échapper, est venue à la rencontre de leur frère Jean. « Être chrétien, c'est être uni au Christ pour la mort et pour la vie. Jean entre dans la maison de son Père », a-t-il affirmé. En
s'adressant particulièrement à la famille éplorée, il l'a exhortée à accueillir cette séparation dans la foi, sans se laisser enfermer dans les pleurs, les interrogations et les récriminations. « Dieu nous l'a prêté pour un temps. Le moment de son retour est arrivé », a-t-il souligné.
La prière du dernier adieu a été présidée par le Père Émile Kélignon, Secrétaire général de la conférence épiscopale des évêques catholiques de Côte d'Ivoire et président de la promotion 1998 du Grand Séminaire Saint Cœur de Marie d'Anyama, fraternité sacerdotale à laquelle appartenait le défunt.
Au-delà d'être un ministre de Dieu, Jean Gbaka était avant tout un homme affable, accessible et profondément attaché aux autres. Il aimait sourire à tous, sans distinction. Ce sourire, devenu au fil des années une véritable signature personnelle, qui traduisait sa fraternité, sa simplicité et sa disponibilité.
Aujourd'hui, cette expression familière de sa personnalité manquera à ses fidèles, à ses confrères prêtres, à ses amis et à tous ceux qui ont eu le bonheur de croiser son chemin.
Un sourire peut sembler banal. Pourtant, lorsqu'il accompagne une vie consacrée au service des autres, il devient un langage : une manière d'accueillir, de consoler, de rapprocher les personnes et de témoigner de l'amour du prochain. Chez le Père Jean Gbaka, ce sourire était bien davantage qu'une expression du visage. Il était le reflet d'une disposition intérieure et d'une proximité humaine.
Sa disparition rappelle certes la fragilité de l'existence, mais elle invite également à rendre grâce pour le chemin parcouru, les vies touchées et les témoignages de fraternité laissés en héritage.
Dans les églises où il a célébré l'Eucharistie, auprès des communautés qu'il a accompagnées et dans son village natal, Kéhi-Gbahi, son souvenir restera associé à sa vocation sacerdotale, à son engagement pastoral et à cette joie communicative qui le caractérisait.
Jean a été inhumé dans l'enceinte de la paroisse Notre-Dame de l’Immaculée Conception de Garahio, par Monseigneur Alain Clément Amiézi, évêque du Diocèse d'Odienné et compagnon de promotion du défunt.
Au cours de la messe de requiem, une enveloppe symbolique, constituée par les membres de la promotion sacerdotale de 1998, a été remise. Elle a été répartie entre la famille du défunt, le diocèse de Gagnoa et les œuvres de charité auxquelles le Père Jean Gbaka était attaché.
Un sourire s'est éteint, une présence fraternelle nous manque, mais une vie donnée à Dieu et aux hommes ne disparaît pas avec la mort. Par son témoignage de simplicité, de partage et de proximité, Jean laisse à ses frères prêtres et aux fidèles un héritage à faire fructifier.
Jean, mon cher Admiré, ton sourire s'est éteint sur cette terre, mais la lumière de ton témoignage continuera d'éclairer ceux qui t'ont connu. Repose dans la paix de ton Seigneur. « Que ton âme fleurisse en Dieu » !
Rémy Montini Dago