« La politique est la saine appréciation des réalités », disait le père fondateur de la Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny. Gouverner, c’est aussi prévoir et planifier. Surtout, un homme politique est constamment en campagne électorale, au lendemain de sa victoire, chacune de ses actions est scrutée par les électeurs et, plus largement, par les populations qui bénéficient des réformes institutionnelles et des politiques publiques.

L’avènement du RDR, devenu par la suite RHDP, n’a pas été un long fleuve tranquille pour ses militants et sympathisants. Aujourd’hui, l’après-Alassane Ouatara se prépare méthodiquement au sein de la haute direction du RHDP.

Depuis quelque temps, le nom d’une haute personnalité se dégage progressivement. 

Lors du dernier congrès du RHDP, au stade Alassane Ouatara d’Ébimpé, l’actuel Président de l’Assemblée Nationale, Patrick Jérôme Achi, a donné un signal en déclarant, « Je vais appeler le plus populaire d’entre nous. » Cette déclaration a immédiatement alimenté les spéculations autour de l’actuel Vice-Premier ministre, ministre de la Défense, député de la commune d’Abobo et Président du Conseil régional du Tchologo depuis 2012.

Une proximité avec les populations à davantage valoriser

Ses actions concrètes auprès de plusieurs couches sociales, sa proximité avec les populations, sa générosité et son humanisme sont régulièrement évoqués lors des cérémonies officielles qu’il préside ou parraine. 

Les témoignages à son endroit fusent de toutes parts.

Cependant, sa grande discrétion, notamment pour ne pas gêner son aîné, le Président de la République, fait que nombre de citoyens ne perçoivent pas toujours clairement l’étendue de ses actions en faveur des populations.

Cette situation rappelle, à certains égards, celle de l’ancien Premier ministre Hamed Bakayoko, dont les largesses et les actions sociales étaient largement connues et commentées par des personnes issues de différentes sensibilités politiques et de diverses couches sociales.

Aujourd’hui, l’actuel Vice-Premier ministre, ministre de la Défense, surnommé « Photocopie » en raison de sa forte ressemblance physique avec son aîné Alassane Ouatara et « TBO » par ses proches et partisans, gagnerait à s’ouvrir davantage aux militants et aux cadres du RHDP.

Il devrait également œuvrer à remobiliser les militants historiques ayant participé à la lutte pour l’avènement du RDR au pouvoir d’État.

Consolider l’ancrage politique

Au-delà de la présence de personnalités fortes dans les 31 régions du pays, il serait important de consolider davantage son ancrage politique en allant à la rencontre des populations et en s’imprégnant de leurs réalités sociales.

Cette démarche permettrait notamment de mieux prendre en compte leurs préoccupations dans l’élaboration d’un éventuel projet de société. 

Un enjeu d’autant plus important qu’en 2030, la majorité du corps électoral sera composée de jeunes.

Les responsables locaux du parti devraient, dans cette perspective, associer pleinement les militants à la réflexion politique et instaurer une véritable culture de l’écoute et du dialogue. 

Cette démarche devrait également s’étendre aux citoyens d’autres sensibilités politiques ainsi qu’à ceux qui ne revendiquent aucune appartenance politique.

Une communication politique à renforcer

L’actuel Vice-Premier ministre gagnerait également à travailler davantage sur sa communication politique et sur la perception de sa personnalité auprès de l’opinion publique.

Une série d’actions concrètes pourrait contribuer à briser certaines barrières et à corriger les préjugés négatifs qui circulent à son sujet, notamment sur les réseaux sociaux.

Il dispose, à plusieurs égards, d’atouts importants dans la perspective de la succession du Président Alassane Ouatara. 

Son expérience gouvernementale, son implantation politique et son parcours au sein du RHDP constituent des éléments sur lesquels il pourrait s’appuyer.

S’il devait être choisi par les instances dirigeantes du RHDP pour porter ses couleurs à la présidentielle de 2030, il pourrait capitaliser sur le bilan et le leadership politique de son aîné. 

Mais cette perspective ne devrait pas conduire à l’attentisme.

Depuis 2011, il construit progressivement un réseau d’influence auprès de personnalités issues de différents secteurs d’activité. Cette implantation pourrait constituer un avantage considérable dans une éventuelle course à la succession.

Rassurer les sceptiques et convaincre au-delà du RHDP

Les Ivoiriens constituent un électorat exigeant et sensible aux actes concrets. 

Il lui appartient donc d’initier des actions susceptibles de rassurer et de rapprocher les plus sceptiques, notamment sur sa capacité intellectuelle, politique et managériale à conduire le « bateau ivoire ».

Au-delà des citoyens ivoiriens, les partenaires internationaux, notamment la France, qui conserve d’importants intérêts économiques en Côte d’Ivoire, observeront également avec attention les évolutions politiques du pays.

Les distinctions obtenues au cours de son parcours politique, son expérience à la tête du ministère de la Défense, département stratégique et particulièrement sensible dans un contexte marqué par la menace djihadiste, pourraient contribuer à renforcer sa notoriété et son image auprès des opinions publique nationale et internationale.

À cela s’ajoutent sa personnalité, sa discrétion et son sens du dialogue et de la cohésion entre les cadres de son parti.

Plusieurs responsables politiques qui avaient connu des périodes de rupture avec le RHDP ont, par le passé, fait l’objet d’initiatives visant à favoriser leur retour au sein de la famille politique. 

Ces démarches ont notamment contribué à maintenir ou à restaurer des liens entre différentes figures du parti.

Une avance à consolider

L’ensemble de ces éléments semble conférer à l’actuel Vice-Premier ministre un certain nombre d’atouts dans la perspective de la succession du président Alassane Ouatara.

Mais une avance politique ne constitue jamais une garantie. 

Pour transformer ces atouts en véritable soutien populaire, il lui faudra davantage aller à la rencontre des militants, écouter les préoccupations des populations, renforcer sa communication, fédérer les différentes sensibilités du RHDP et, surtout, convaincre au-delà de son propre camp politique.

La succession d’Alassane Ouatara ne se jouera donc pas uniquement dans les cercles dirigeants du RHDP. 

Elle se jouera aussi sur le terrain, au contact des militants, des jeunes, des femmes, des acteurs économiques, de la société civile et, plus largement, de l’ensemble des Ivoiriens.

C’est probablement à ce niveau que se mesurera la capacité du futur candidat à transformer une légitimité politique interne en véritable adhésion populaire.

 

Adou Évariste 

Journaliste