Depuis le père fondateur de la Côte d’Ivoire moderne, feu Félix Houphouët-Boigny, notre pays a toujours accordé une place importante à la formation dans les métiers de l’information et de la communication. C’est dans cette vision qu’a été créée l’École de la communication, aujourd’hui dénommée ISTC Polytechnique, qui forme, à travers un concours sélectif, des professionnels appelés à exercer dans les domaines du journalisme et de la communication institutionnelle.
Ces formations visent à doter les apprenants des rudiments nécessaires à l’exercice rigoureux et éthique de ces métiers, essentiels au bon fonctionnement de l’État et à l’information des citoyens.
Depuis quelques années, le ministère d’Etat chargé de la Fonction publique recrute, dans le cadre des concours administratifs, un nombre très limité de journalistes environ cinq par session pour servir au sein de l’Administration publique.
Ce chiffre demeure largement insuffisant au regard des besoins réels en communication institutionnelle, tant au niveau des ministères que des institutions de la République.
Pourtant, la Côte d’Ivoire dispose de structures publiques de communication solides et expérimentées, l’Agence ivoirienne de presse (AIP), le Centre d’information et de communication gouvernementale (CICG), Fraternité matin, la RTI, entre autres.
Avec l’avènement des réseaux sociaux et du numérique, ces structures ont su s’adapter et migrer vers les plateformes digitales afin de répondre aux nouvelles exigences des citoyens en matière d’information.
Cependant, force est de constater, avec amertume, que de nombreux ministres, présidents d’institutions et responsables de structures étatiques contournent désormais les canaux officiels de communication pour recourir à des influenceurs ou créateurs de contenus, parfois au détriment du professionnalisme, de l’éthique et de la rigueur de l’information institutionnelle.
Cette pratique marginalise les journalistes et les professionnels de la communication qui, durant des années, se sont formés pour exercer ce métier avec responsabilité. Elle pose également la question du respect des institutions et de la crédibilité de l’action publique.
Le ministère de la Communication, en sa qualité de porte-parole du gouvernement, devrait interpeller ses collègues et plaider auprès des présidents des institutions de la République afin de mettre un terme à cette dérive. Il est impératif de valoriser les compétences internes de l’Etat et de confier la communication institutionnelle à des professionnels qualifiés.
A l’heure où l’intelligence artificielle bouleverse déjà les métiers de l’information, cette tendance à la banalisation de la communication publique constitue une menace supplémentaire pour la profession. Les influenceurs ne sauraient se substituer aux journalistes et aux communicants formés, pas plus qu’ils ne peuvent remplacer les canaux officiels de l’Etat.
La communication est un métier noble qui requiert une formation, une méthode et une stratégie. De la même manière qu’une personne non formée en médecine ne peut exercer comme médecin, nul ne devrait porter la parole institutionnelle sans les compétences requises.
Si cette pratique venait à se généraliser, elle remettrait en cause l’utilité même des écoles de formation comme l’ISTC Polytechnique et d’autres établissements spécialisés.
Il serait incohérent de former pendant plusieurs années des professionnels pour ensuite confier la communication publique à des amateurs.
Les journalistes et professionnels de la communication, qu’ils exercent dans le public ou le privé, doivent être pleinement mis à contribution pour promouvoir l’action gouvernementale auprès des populations. Nos citoyens méritent une information fiable, structurée et responsable.
Adou Evariste
Analyste politique